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21/06/08

A la découverte de Nollywood : Retour du Nigeria

A la découverte de Nollywood est un carnet de route tenu par Julien Hamelin, journaliste et auteur de documentaire. Il décrit les préparatifs et le tournage d'un documentaire sur l'industrie du film au Nigeria.

Cela fait une dizaine de jours que je suis revenu du Nigeria, où j’ai passé deux semaines de tournage pour un documentaire sur Nollywood (l’industrie du film au Nigeria, 3ème producteur du monde). Là-bas, je n’ai pas trouvé le temps d’envoyer un nouveau post. Je m’en excuse.

Constante improvisation

Alors commençons par le tournage sur place. Tout d’abord, il faut savoir que rien ne s’est passé comme je l’avais prévu.Les producteurs que j’avais contactés depuis la France m’ont appris une fois sur place que, finalement, ils repoussaient le tournage de leurs films. Il a fallu constamment improviser car un réalisateur est capable de vous dire un soir : « on commence à tourner notre film demain matin, je passe te prendre » et puis finalement de vous appeler le lundi matin pour vous annoncer que tout est annulé. Etant donné que nous n’avions pas beaucoup de temps de tournage sur place, nous ne pouvions pas nous permettre de perdre une journée ou une demi-journée. Il a donc fallu trouver des solutions de rechange.

Autre difficulté : les embouteillages. A Lagos, on peut très facilement passer trois ou quatre heures dans ce que les Nigérians appellent les "go-slows". Pour résumer, le cameraman Franck et moi avons fait ce que nous avons pu et je crois que nous ne nous sommes pas trop mal débrouillés. Surtout Franck, vraiment très fort avec sa caméra et qui a tourné de très belles images. Nous tournions avec une caméra HDV. Je viens de commencer le montage du documentaire qui fera 52 minutes. C’est vraiment beau et coloré.

Commissaire véreux

Niveau sécurité, nous n’avons eu aucun problème. A Lagos, notre guide Mohammed a été utile et efficace. Il connaît très bien la ville et nous a toujours indiqué quels coins étaient dangereux ou sûrs. La Charia imposée il y a quelques années dans le Nord du pays a rendu la région plus sûre que le Sud. Au final, le seul incident que nous avons subi s’est déroulé alors que nous voulions tourner dans le marché d’Alaba, dans la banlieue de Lagos. Là, la police nous a arrêté. Nous sommes tombés sur un commissaire particulièrement bon comédien. Pendant deux heures, il nous a expliqué que nous étions des espions et que tous les problèmes du Nigeria venaient de blancs de notre espèce. Franck et moi avons pris notre mal en patience, sachant très bien comment cela allait finir. Le commissaire nous a réclamé 2000 dollars pour « aider » son commissariat. Nous avons laissé Mohammed négocier et, finalement, nous nous en sommes sortis pour beaucoup moins que cela.

A part ça, le principal danger est venu des routes. Elles sont très mauvaises, les Nigérians conduisent à la pousse-toi-de-là-que-je-me-pousse. Quand vous roulez sur une route à grande vitesse, il n’est pas rare de voir circuler des véhicules du mauvais côté de la route. Et surtout, leurs voitures sont en très mauvais état.

Mais à part ces problèmes minimes, nous avons rencontré des personnes très gentilles et accueillantes. Nous nous sommes "incrustés" sur des tournages en anglais, en yoruba et en haoussa. Le Yoruba et le Haoussa sont deux ethnies majeures du Nigeria. A présent, reste le montage du film. J’espère que j’arriverai à rendre en 52 minutes tout le chaos mais aussi la gentillesse et la spontanéité du Nigeria. Je vous tiens au courant bientôt
Julien Hamelin

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12/05/08

A la découverte de Nollywood : "Je commence à piger"

A la découverte de Nollywood est un carnet de route tenu par Julien Hamelin, journaliste et auteur de documentaire. Il décrit les préparatifs et le tournage d'un documentaire sur l'industrie du film au Nigeria.

Ça y est, je commence à piger comment ça marche le Nigeria. Après avoir dû reporter mon voyage une première fois, j’ai compris qu’il serait impossible d’organiser tout le tournage du documentaire sur Nollywood depuis Paris. Là bas, les réalisateurs ne savent quand ils vont commencer à tourner un film que quelques jours avant. Dans ce pays, comme dans beaucoup d’autres en Afrique, tout se fait de façon beaucoup moins formelle et organisée que chez nous. Bien sûr, je ne vais pas les changer. C’est à moi de m’adapter. Une mission difficile pour quelqu’un de « carré » et organisé comme moi. Heureusement, j’ai un atout majeur. Il s’appelle Mohammed. Mohammed est ce que nous appelons dans le métier un « fixeur ». Il sera à là fois notre guide, intermédiaire, interprète si besoin est. Il va nous être indispensable pour le bon déroulement de notre tournage. C’est parfois difficile de s’en remettre à une personne qu’on ne connaît pas bien mais l’avantage est que Mohammed est un homme de confiance et qu’il travaille en tant que traducteur dans l’industrie du film. Par conséquent, il connaît beaucoup d’acteurs, réalisateurs et producteurs. Il devrait pouvoir nous mettre en contact avec des personnes intéressantes et qui seront intéressées par notre démarche : faire découvrir cette industrie si dynamique et unique.
Par ailleurs, je vais essayer de voir si je peux partir au Nigeria un peu avant mon cameraman afin de préparer le tournage avant qu’il arrive avec la caméra. Il va falloir rencontrer nos futurs interlocuteurs et créer une relation de confiance avec eux. Je vais également essayer de voir si nous pouvons rester un peu plus longtemps sur place pour pouvoir tourner plus d’images.
Du coup, je ne sais pas exactement quand je devrais finalement partir. La semaine prochaine… j’espère.

Julien Hamelin
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06/05/08

A la découverte de Nollywood : Pourquoi je dois repousser mon départ

A la découverte de Nollywood est un carnet de route tenu par Julien Hamelin, journaliste et auteur de documentaire. Il décrit les préparatifs et le tournage d'un documentaire sur l'industrie du film au Nigeria.

Jusqu’à mercredi dernier, tout allait bien. Il était prévu que le cameraman et moi partions lundi 5 mai pour le Nigeria afin de réaliser mon documentaire sur Nollywood, l’industrie du film au Nigeria.
Mon « fixeur » (la personne que nous payons sur place pour nous servir de guide mais aussi nous aider et nous mettre en relation avec nos interlocuteurs) m’avait mis en contact avec des réalisateurs qui devaient être en train de tourner des films quand nous arriverions. En effet, l’idée c’est de montrer comment les films se tournent. Donc pouvoir filmer un tournage en long et en large est indispensable.
Cependant, mercredi soir : nouvelle inattendue. Ces réalisateurs reportent leur tournage à la fin mai. Pourquoi ? Car la Nigerian Producers Guild (le syndicat des producteurs nigérians) a décidé qu’un « break » » était nécessaire. Une pause? Pourquoi une pause ? Selon mes interlocuteurs, il y aurait trop de films sur le marché et, pour assainir tout ça, les producteurs ont décidé de geler tous les tournages. Et il a fallu que ça arrive juste au moment où je devais me rendre là-bas pour justement suivre et filmer des tournages !
La question de pose alors : faut-il partir tout de même en espérant qu’il y aura quand même quelques tournages que nous pourrons suivre ? Ou alors reporter.
Il y a aura bien quelques films qui se tourneront malgré la décision du syndicat. Cependant, le risque c’est que, avec moins de choix, nous soyons obligés de suivre des tournages moins intéressants d’un point de vue journalistique. Ou pire : tomber sur des gens plus intéressés par le business que par le cinéma et qui nous demanderaient du fric pour nous laisser les filmer. Un producteur m’a même proposé d’organiser un faux tournage pour faire ce qu’il appelle un « docu-drama » !

"le temps commence à presser car la saison des pluies ne va pas tarder"

Après moult coups de téléphone pour distinguer le vrai du faux, j’ai pris (avec l’accord du producteur) la décision de repousser le tournage d’environ deux semaines. Vers le 21 mai, la « pause » devrait avoir pris fin… jusqu’à nouvel ordre.
Seul problème : mon cameraman a des engagements à partir du 20 mai. Ce qui signifie qu’il faut que j’en trouve un autre et qu’il demande à son tour un visa pour le Nigeria (ce qui peut prendre plusieurs semaines). Et le temps commence à presser car la saison des pluies ne va pas tarder à commencer là-bas.
Quoi qu’il en soit, il vaut mieux attendre, pour ne pas risque de se retrouver sur place avec rien à filmer ou d’être confrontés à des gens peux scrupuleux.
Je vous tiendrai au courant au prochain épisode de ce qu’il en est pour le nouveau cameraman et la demande de visa. Peut-être que j’aurai une nouvelle date de départ prévue.


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02/05/08

A la découverte de Nollywood : préparation laborieuse

A la découverte de Nollywood est un carnet de route tenu par Julien Hamelin, journaliste et auteur de documentaire. Il décrit les préparatifs et le tournage d'un documentaire sur l'industrie du film au Nigeria.


J-8. Dans un peu plus d’une semaine, je serai dans l’avion direction Abuja, la capitale du Nigeria. La majeure partie du tournage du documentaire sur Nollywood aura lieu à Lagos, la capitale économique du pays. Mais le cameraman et moi devons nous rendre au ministère de l’information et des communications, à Abuja, pour récupérer notre autorisation de tourner. Sans cela, nous serions à la merci de n’importe quel policier ou fonctionnaire qui voudrait nous ennuyer (enfin ça risque d’arriver même avec l’autorisation).

Comme il est très difficile d’avoir des visas pour le Nigeria quand on travaille dans l’audiovisuel, une collègue journaliste m’a mis en contact avec un « ami » qui travaille au service des accréditations. Effectivement, il nous a beaucoup aidé à avoir nos visas dans les temps. J’avais dans l’idée de lui apporter un petit cadeau de France à notre arrivée. Las, cet « ami » a devancé ma pensée. Jeudi, il m’a envoyé un gentil petit mail me proposant poliment de lui apporter… un petit cadeau pour le remercier : des bottines en cuir noire, taille 43. J’ai bien peur d’être confronté à ce type de problème pendant tout notre voyage.


"La préparation s’avère donc assez laborieuse entre les contacts injoignables ou ceux qui ne rappellent jamais"


En tout cas, la phase de préparation continue. J’ai trouvé ce que nous, « Les Journalistes », appelons un « fixeur ». Cet anglicisme désigne un homme ou une femme du pays ou de la région dans laquelle nous nous rendons, et qui nous sert à la fois de guide, d’interprète et d’intermédiaire. Les fixeurs peuvent aussi apporter des idées. Ils sont indispensables, mais restent le plus souvent dans l’ombre. Il ne leur est jamais fait honneur, sauf quand ils se font kidnappés avec leur journaliste (et encore !).

Mon « fixeur » s’appelle Mohammed. Il travaille dans l’industrie du film et parle français, ce qui est bien pratique même si les Nigerians ne sont pas trop difficiles à comprendre car l’anglais est leur langue officielle. Non, la difficulté, c’est plutôt de les comprendre au téléphone. Depuis la France, il faut abandonner l’idée d’appeler une ligne fixe nigériane. Cela ne marche jamais. Pour joindre une personne, mieux vaut l’appeler sur son téléphone cellulaire. Du fait des mauvaises liaisons, on ne comprend alors qu’un mot sur deux. Ce qui est mieux que rien.

La préparation s’avère donc assez laborieuse entre les contacts injoignables ou ceux qui ne rappellent jamais. Il faut que je joigne un maximum d’interlocuteurs et que je prépare un programme assez précis car nous n’aurons pas beaucoup de temps à Lagos. Heureusement, Mohammed a l’air d’un homme efficace et il est, parait-il, fiable. Je l’espère car la réussite du documentaire reposera beaucoup sur ses capacités.

Il me reste beaucoup de travail pendant toute cette semaine avant de pouvoir enfin partir. Je vous laisse en vous indiquant un site Internet universitaire américain qui montre notamment des bandes-annonces de films Nigérians : http://www.siu.edu/~africa/nollywood/trailers.html. Cela vous donnera un bon aperçu de ce qu’est Nollywood


Julien Hamelin

Lire aussi : A la découverte de Nollywood : Quel idiot !


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20/04/08

A la découverte de Nollywood : Quel idiot !

A la découverte de Nollywood est un carnet de route tenu par Julien Hamelin, journaliste et auteur de documentaire. Il décrit les préparatifs et le tournage d'un documentaire sur l'industrie du film au Nigeria.

Des fois, je me dis que je suis vraiment un imbécile. J’aurais pu partir me faire dorer la pilule au soleil de Copacabana (celui de Rio, pas le bolivien même si ce dernier est en fait l’authentique Copacabana). J’aurais pu aller en Inde pour voir si je suis plus tibétain que le Dalaï-Lama. Mais non, au lieu de ça, je vais dans un pays dangereux où la bouffe risque de me rendre malade et où il est interdit de sortir la nuit : le Nigeria.
Petit retour en arrière. Après une formation de journaliste, je me suis lancé dans une grande aventure : essayer de percer dans le documentaire. Pour l’instant, les choses ne se sont pas mal passé. J’ai été assistant-réalisateur, co-auteur et puis j’ai participé à un concours, les Bourses de talent, proposé par la fondation Jean-Luc Lagardère. Après avoir rédigé un gros dossier de candidature et être passé devant un jury de professionnels, la fondation m’a (très généreusement) fait don de 25 000 euros pour produire et réaliser le projet de documentaire que j’avais proposé.
Le sujet : Nollywood ! Nollywood, c’est la contraction de Nigeria et de Hollywood. On le sait peu mais ce pays est le troisième producteur de films dans le monde après les Etats-Unis et l’Inde. Nollywood s’est développé depuis une quinzaine d’années avec de réelles spécificités. Du fait de la très grande pauvreté et de l’insécurité qui règnent dans ce pays, les Nigérians ont déserté les salles de cinéma. Celles-ci, qui diffusaient notamment les films américains, ont pour la plupart fermé. Du coup, un autre type d’industrie s’est développé : le «Home Vidéo». Ce sont des films réalisés avec des budgets très faibles, tournés et montés en trois semaines, et qui sont diffusés uniquement en cassette ou en DVD.

Des films faits par les Africains pour les Africains

Et ça marche : 200 000 personnes travaillent dans ce secteur au Nigeria et les films nigérians sont très populaires dans toute l’Afrique anglophone et dans les communautés africaines d’Amérique ou du Vieux continent.
Malgré les faiblesses techniques criantes, les cadrages approximatifs et les effets spéciaux simplistes, cela marche du feu de Dieu. Pourquoi ? Surtout parce que ce sont des films faits par les Africains pour les Africains. Des histoires où l’on parle de famille, de religion, de sorcellerie, de problèmes qui les concernent.
Voilà : Nollywood, c’est tout çà. Et moi, grâce à l’aide de la Fondation Lagardère, de la société de production Sunset Presse et de la chaîne Planète qui diffusera le documentaire, je vais partir en mai pour le Nigeria.
Mes parents sont inquiets pour ma sécurité et mes amis ont commencé à réfléchir à l’organisation d’un comité de soutien au cas où je me ferais enlever, mais en réalité, je ne suis pas trop inquiet. Le cameraman et moi n’irons pas dans la région du Delta, celle où les expatriés du pétrole se font enlever. Nous resterons presque uniquement à Lagos, la capitale économique. Là, le danger n’est ni politique ni religieux mais vient surtout du fait de la criminalité. Nous serons donc extrêmement prudents, notamment pour ne pas nous faire dérober notre matériel de tournage. En tout cas, nous partons le 5 mai. D’ici là, il reste beaucoup beaucoup beaucoup de choses compliquées à organiser. C’est ce que je vous raconterai dans mon prochain post.
Julien Hamelin
Photos : Paul Keller


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